Art Campanaire

Depuis une vingtaine d'années, le mot "campanaire"
ne figure plus dans les dictionnaires de langue française, preuve de la désuétude d'usage dans laquelle ce sujet était tombé. Déjà, au début du siècle, "le Littré" était avare de commentaires et de détails : 
"campanaire : qui a trait à la cloche".
C'est dans des ouvrages plus anciens que l'on trouve la référence étymologique :
"campanaire, du latin campana, cloche".

L'usage des grandes cloches pour l'église chrétienne remonte au VIe siècle. On attribue, à tort, à Saint Paulin,
qui était évêque de Nola, dans la province italienne de Campanie, l'utilisation des airains pour les réunions religieuses. Cela explique que, parmi les premières appellations de la cloche, on trouve les termes
"nola" ou "campana".

L'art campanaire est donc l'art des cloches : leur fabrication, les traditions et les pratiques qui s'y rattachent, leur histoire. La spécificité du terme campanaire et ses dérivés, campanologie, campanographie..., ont longtemps fait que l'on avait tendance à réduire cet art universel aux cloches des églises et des temples, et aux grands carillons d'expression.

De nos jours, l'approche campanaire se veut beaucoup plus large. La cloche n'y est pas considérée uniquement sacralisée par les religions ou la musique ; elle est, aussi, dans toutes ses composantes, appréhendée comme outil par l'homme pour ses besoins quotidiens, sous les formes les plus diverses selon les matériaux employés, les destinations de l'objet, sa localisation.

Une cloche, dans la classification des objets sonores, est un idiophone, c'est-à-dire, un instrument de musique dont le matériau spécifique qui le constitue peut entrer en vibration.

Mais tous les idiophones ne sont pas objets campanaires. Il faut, entre eux, pour qu'ils le soient, des affinités profondes qui tiennent, à une commune façon d'accompagner l'homme dans sa quête perpétuelle de trouver et affirmer sa juste place, et d'assurer sa survie, matérielle et spirituelle, dans ce monde-ci qu'il perçoit hostile, et dans l'au-delà qu'il charge de peurs mystiques et fantasme d'espoirs.

Comme la cloche, ces objets sont centripètes et centrifuges. Ils appellent et éloignent ; qu'ils soient grelot, sonnaille, crécelle, simandre, tambour de pluie ou tambour de plage, que le bronze illustre un pape ou double la voix du chaman, que la terre cuite babylonienne réponde à l'or des Incas, que la main du "sonnailler" rencontre celle du "clocheteur".

Ils appellent à la prière, à l'ordre, à la justice, au rassemblement. Ils repoussent les ennemis pernicieux,
les esprits maléfiques. Ils assurent la protection du groupe, témoignent de son existence, permettent son identification.

Parce que chaque idiophone de ce type peut "parler"
de l'homme qui l'a fabriqué, de celui qui l'a utilisé et de ceux qui l'ont écouté ou entendu, l'art campanaire nous est étrangement familier et commun dans toutes les cultures, toutes les civilisations, sur tous les continents.

Il est le signe, le "Signum", dans son acception universelle.

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